Dans un contexte favorable à l’entrepreneuriat et à l’innovation aussi bien sur le plan économique que sociétal, il n’en demeure pas moins utile d’approfondir la compréhension de ces processus complexes, notamment sur les aspects cognitifs de son principal acteur : l’entrepreneur. Tel a été le souhait de Maria Claudia Angel Ferrero, aujourd’hui Docteur en sciences de gestion, au travers de sa thèse portant sur le rôle de la surconfiance et de la prise de risque dans le comportement innovant des entrepreneurs.

Myriagone Conseil a eu le plaisir d’assister à la soutenance de thèse de Maria Claudia Angel Ferrero, thèse dirigée par Véronique Bessière, Professeur des Universités à l’IAE de Montpellier. Notre présidente et co-fondatrice de Myriagone Conseil, Ophélie Laboury-Barthez, était membre du jury de cette soutenance.

Avec une approche originale et qui s’est avérée payante aux yeux du jury, les travaux de Maria Claudia Angel Ferrero se situent au croisement de trois disciplines : l’entrepreneuriat, la psychologie cognitive et la finance comportementale. En effet, sa thèse traite de la manière dont l’entrepreneur pense, décide et agit, de l’idée à la mise sur le marché en passant par le processus d’innovation.

Afin de définir et d’examiner les facteurs cognitifs impliqués, Maria Claudia Angel Ferrero a réalisé une revue de littérature scientifique approfondie et deux enquêtes terrains. L’une, sous forme de jeu d’innovation, portait sur un panel de 70 entrepreneurs en phase de création d’entreprise. L’autre, sous forme de questionnaire, s’insérait dans le cadre de l’Observatoire du chercheur créateur d’entreprise développé par le Labex Entreprendre de l’Université de Montpellier et portait sur un panel de 76 entrepreneurs académiques et 48 académiques non-entrepreneurs. Ces recherches font état de multiples relations entre les différents facteurs cognitifs étudiées.

L’impact de la surconfiance, de ses différentes dimensions, et du rapport au risque de l’entrepreneur va dépendre de la phase entrepreneuriale dans laquelle se trouve. Ce poids s’avère être fortement volatil en fonction de ces différentes phases

« La surconfiance stricto sensu conduit à une plus grande capacité à agir mais peut également nuire au développement de l’entreprise car les individus en excès de confiance ont tendance à omettre les informations externes et se focalisent sur leurs propres croyances. »

« La surconfiance et la tolérance au risque sont de nature à contre balancer l’incertitude ; l’asymétrie d’information et le manque de ressources qui caractérisent le défi que représente l’innovation et la création d’entreprise. Mais en même temps, trop de surconfiance et trop de prise de risque peuvent aussi constituer le côté sombre de l’acte d’entreprendre. »

« L’excès de confiance améliore sensiblement la capacité à évaluer des opportunités et à implémenter des innovations. Elle contribue aussi à la créativité mais avec moins d’intensité. Une attitude positive envers le risque favorise la créativité, la capacité à évaluer des opportunités et à implémenter des innovations. »

L’entrepreneur qui a tendance à avoir un excès de confiance sur le potentiel d’une idée ainsi qu’une certaine propension au risque va développer sa créativité, approfondir son évaluation des opportunités et consolider sa capacité à passer le « gap » de l’idée à l’acte. Son niveau de créativité va être également un signal fort de sa capacité à implémenter une innovation. Cette capacité se verra accentuée par sa capacité à évaluer des opportunités et ses caractéristiques cognitives, ce qui aura pour conséquence de faciliter le passage de la créativité à la réalisation.

Les travaux de Maria Claudia Angel Ferrero l’ont également amenée à s’intéresser à un des concepts de la surconfiance mis en évidence dans la littérature : l’optimisme. L’optimisme est défini comme la surestimation irréaliste concernant les événements futurs, non liée aux aptitudes personnelles (Bessière & Pouget, 2012). Elle a constaté que l’optimisme a un double effet contraire en fonction du stade d’avancement du projet entrepreneurial. L’optimisme favorise la créativité mais peut affecter le jugement de nos capacités d’évaluation des opportunités et d’opérationnaliser des innovations.

« Etre trop optimiste produit des inefficiences parce que cela conduit à poursuivre des opportunités dont les perspectives ont été surévaluées. »

Les résultats de la thèse de Maria Claudia Angel Ferrero permettent à l’entrepreneur de prendre conscience du rôle de ses dimensions cognitives, et de fait, de son potentiel pouvoir à les gérer en vue de stimuler ses performances entrepreneuriales et d’en limiter les effets néfastes. « Il ne suffit pas d’être innovant pour devenir entrepreneur » confirme l’idée générale de ce qui compte dans l’entrepreneuriat ce n’est pas seulement l’idée mais son exécution, mais aussi et surtout, son exécutant.

Myriagone Conseil est sensible aux apports managériaux réguliers portés par les jeunes docteurs comme Maria Claudia Angel Ferrero. Nous restons persuadés que leur créativité, leur passion pour la recherche et leur encadrement académique sont gage de qualité, de confiance et contribuent à prodiguer de meilleurs conseils.

Maria Claudia Angel Ferrero, « Idée, innovation et création d’entreprise : une investigation du rôle de la surconfiance et de la prise de risque sur le comportement innovant des entrepreneurs. », thèse en sciences de gestion, sous la direction de Véronique Bessière, Montpellier, Université de Montpellier, 2016, 216 p.